mardi 17 avril 2007

Présidentielles 2007. L’ère médiatique casse-t-elle des briques ?

Comme dans les feuilletons à épisodes, il nous est donné de voir en ce moment lors de la campagne présidentielle, un coup de théâtre tous les deux jours... de peur que les gens s’intéressent à autre chose. Dans cette lutte des places impitoyable, un casting exceptionnel nous est proposé avec des acteurs de haute volée, au rôle fort bien scénarisé, et le tout servi avec un suspense digne de « Plus belle la vie ».

Il est étonnant d’y voir des personnages convaincants dans l’interprétation de la Platitude : Ségolène Royal tel Steven Segall bat tous les records d’expressivité et de « profonditude » dans ses réflexions politiques et ses prises de position furieusement enragées. On ne remerciera jamais assez les militants du PS d’avoir poussé sous les feux de la rampe une protagoniste aussi brillante par son absence d’idées que par sa réserve permanente sur tous les sujets.

Autre personnage récemment porté en haut de l’affiche : un petit jeune encore inconnu il y a peu, aux positions franchement radicales, et qui n’a de cesse de clamer son opposition au système : François Bayrou. Ce jeune rebelle est connu des services de police pour avoir un programme purement de droite sous couvert de position apartidaire et centriste. Cette forte tête s’oppose sans relâche aux discriminations qu’il subit de la part de ses concurrents sans pitié.

Sarkozy, acteur né, a réussi à s’imposer comme pièce centrale du scénario. Véritable illusionniste, il parvient à nous faire croire qu’il peut incarner la rupture alors qu’il est au gouvernement depuis cinq ans : il s’inscrit en cela dans la plus parfaite continuité des gouvernements précédents qui ont, chacun leur tour, accru les inégalités et la violence étatique, Sarkozy s’étant contenté d’accélérer le processus... bref que des claques dans la gueule pour la plupart des spectateurs. Et ce n’est certainement pas l’éternelle « victime » qui siège à sa droite, toujours blousée par un complot judéo-médiatico-poule-au-pot-maçonico-clandestin-tchécoslovaque qui, dans la course aux signatures, incarnera la rupture avec le système à travers son sketch indigeste et sur joué maintenant. Comment parler de rupture alors que ces deux derniers sombres comédiens ne poussent qu’à l’extrême l’idéologie déjà en place, dans sa forme la plus coercitive, xénophobe -voire totalitaire- ? Le jeu de Le Pen, depuis le temps qu’il a ce rôle de composition, est clair : masquer les différences de classe par des pseudo différences « nationales », stigmatiser le collègue « non français » afin de faire oublier l’universalisme des exploiteurs, et ce pour le plus grand bien des patrons.

Feuilleton dans le feuilleton : La gauche du PS. A côté d’Arlette, seule actrice à jouer toujours le même rôle depuis trente ans, s’ajoutent des seconds rôles plus ou moins issus de la profession dont des génies de l’improvisation comme José Bové, et même dans le rôle de l’homme invisible : Gérard Schivardi. Toujours prompts à pointer les abstentionnistes comme responsables des maux de la démocratie, et n’ayant pas réussi à proposer une unique candidature « antilibérale », Bové, Buffet et Besancenot ont chacun entrepris leur propre campagne unitaire (sic).

Ce feuilleton fleuve n’a rien à envier aux émissions électoralistes comme Star académy et consorts : les votes hebdomadaires par textos sont remplacés par les sondages et les guest-stars ne manquent pas au tableau pour venir soutenir leur candidat (J. Hallyday, Doc Gynéco, D. Debbouze, Diams, Trust...) Cette campagne se réduit à un espace de divertissements où tout le monde -journalistes et politiques- s’attache à mettre en avant les petites phrases et les questions de forme des candidats au lieu de profiter d’une aussi longue période pour développer les idées de fond que prétendent porter chacun-e. Les médias s’évertuent à déclarer que la campagne présidentielle est avant tout une rencontre entre des hommes/femmes politiques et les « Français ». Les émissions télévisuelles s’évertuent ainsi à présenter les protagonistes sous un registre humain. Mieux placés que quiconque, les candidats connaissent évidemment les « préoccupations-des-Français ». Mais lorsque celles-ci se portent sur le trafic d’influence et autre ristourne immobilière accordée à Mr Sarkozy [1], ou les fausses déclarations au Fisc de Mme Royal [2], les journalistes et les politiciens préfèrent soudainement se recentrer sur les « programmes » politiques des candidats.

Le public est spectateur de sa propre dépossession, organisée par une autre catégorie de professionnels : sociologues, politologues, commentateurs en goguette, et en dernier recours, les politiciens eux-mêmes. Ainsi le vote en soi n’exprime rien puisqu’il est besoin d’un arsenal de spécialistes -ultime caution de cette mise en scène, quelque soit le résultat-, pour tirer des interprétations des différents votes exprimés, preuve s’il en était que les programmes sont sans importance et que les médias et les hommes politiques ne croient pas eux-mêmes en ce qu’ils disent. L’électeur sincère qui votera pour une candidature d’extrême gauche se verra simplement « entendu » et ce seront les analystes sur les plateaux-télé, qui à sa place expliqueront son inquiétude sur les emplois etc., message que les politiciens feindront d’avoir entendu, ce dont l’électeur se fera une belle jambe.

Autre mythe perpétué par nos analystes : faire croire que le vote FN est un vote ouvrier. 30% des ouvriers voteraient pour le milliardaire du FN. Or les ouvriers ne votent pas plus pour l’extrême droite que la moyenne nationale, nos analystes n’ayant pas pris en compte le faible pourcentage de votants au sein de la classe ouvrière [3]. Par contre les classes moyennes supérieures votent plus pour l’extrême droite. On peut donc s’interroger sur les motivations profondes des médias, dont on ne saurait imaginer l’innocence, en colportant de tels mensonges. Que dire du fait que les journalistes ne reprennent généralement pas Le Pen lorsque celui-ci clame l’existence des races [4], ou autres manipulations et mensonges sur les statistiques ?

On ne nous a jamais autant répété que le vote était quelque chose de sérieux, alors que tout laisse à penser le contraire. Comment saurait-il en être autrement, dans la mesure où ces vingt dernières années d’alternance droite/gauche n’ont fait que démontrer l’impuissance des électeurs à influer sur le cours des choses, et l’absence de traductions concrètes de leurs aspirations (sauf dans le domaine sécuritaire) ? Ce ne sont pas les électeurs qui font les idées des élus, mais les élus qui fabriquent les aspirations de leurs électeurs, ainsi réifiées dans les intérêts de leurs représentants. L’absence d’illusions est la preuve patente aujourd’hui de l’insignifiance du vote. Le comble de l’insignifiance étant dorénavant que le vote pour Bayrou passe pour un vote protestataire...

Le vote est un acte individuel puisque c’est chacun dans l’isoloir qui va aller déposer un bulletin dans l’urne en pensant changer les choses, alors que c’est précisément le contraire qu’il faut faire : s’organiser collectivement. Ce n’est pas un acte politique au sens de l’organisation de la cité puisque chacun va voter selon ses propres intérêts immédiats, égoïstes et particuliers : le petit commerçant va voter pour payer moins d’impôts, l’enseignant pour le statut quo, au vu d’une situation matérielle satisfaisante dans l’état etc. Accepter le jeu « démocratique », c’est enfin se condamner à ne pas remettre en cause un système issu d’un vote majoritaire dit « légitime ». Pour oeuvrer à de profonds changements, la société doit pouvoir s’interroger sur elle-même. En dehors de ce questionnement collectif, les individus se condamnent à rester isolés et impuissants en terme de projet politique vers l’émancipation. Pour nous, un début de changement, est dans la désertion consciente des urnes.

5 commentaires:

Jean-charles a dit…

exellent article. merci pour l'avoir mis en ligne.

Rakshasa a dit…

"un début de changement, est dans la désertion consciente des urnes."
Ca me semble être le fondement même de l'abstentionnisme, cette idée que le refus conscient est le commencement du changement. D'où l'importance des campagnes abstentionnistes.

ibubolo a dit…

de la même manière qu'il nous faut nous détourner du spectacle, je pense que l'abstentionisme doit être vécu dans des temps non élus.

La charge consciente de l'abstention réside dans le fait qu'elle se manifeste EN DEHORS des échéances électorales.

Rakshasa a dit…

Justement, c'est un appel à l'en-dehors, à en sortir dans une période où les gens ont le nez particulièrement dedans (dans le guidon électoraliste). Je serais tenté de dire qu'elle doit se manifester en-dehors, pendant, tout le temps (ça va comme consensus ?)

Anonyme a dit…

vous avez du tous revecoir "les professions de foi" des bonimenteurs, à la vue de l’entete des 12 torchons m’ont fait pensé à :

Schivardi : j’ai eu l’impression de lire le journal local

Besancenot : il est mignon le pti écolier avec sa veste en jean

Laguiller : programme 74 en version colorisé

Voynet : on dirait qu’elle a un balai dans le c..

Bové : le pékor

Buffet : on dirait une voiture volée tellement elle est maquillée

Royale : avec la photo en noir et blanc on dirait une morte

Bayrou : on dirait un maquereau sur la photo

Nihous : chasse peche nature et chiotte

Sarkosy : made in USSA

De Villier : dénivit, regardez bien le tartre sur ses dents

Le pen : le PSG

A noter sur ces 12, 4 ont utilisé du papier recyclé, enfin signalé comme tel et la surprise c’est Buffet, Bayrou, Nihous et Sarkosy

si on ajoute à cela leur position sur le nucléaire

Le Réseau Sortir du nucléaire appelle à ne pas voter pour cinq candidats favorables au réacteur nucléaire EPR

F. Bayrou et S. Royal doivent quant à eux prendre lŒengagement d¹abroger le décret de construction de l¹EPR et d¹arrêter tous les travaux en cours.

Pour dire NON à la construction prochaine du réacteur nucléaire EPR à Flamanville en Normandie et parce qu¹ils refusent la relance du nucléaire en France : * 600 000 personnes ont participé à la campagne nationale STOP EPR en envoyant une carte pétition ³Soleil² aux candidats à la présidentielle, * 62 000 personnes ont manifesté le 17 mars 2007 à Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon et Toulouse. Il s’agit de la plus forte mobilisation de toute la campagne présidentielle.

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, le Réseau Sortir du nucléaire, Fédération de 772 associations :

1) appelle à ne pas voter pour les cinq candidats suivants qui se sont prononcés pour l¹EPR ou ne remettent en cause - en aucune façon - le projet de construction de l¹EPR :

> - Marie-George Buffet (Parti Communiste) > - Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière). > - Frédéric Nihous (Chasse Pêche Nature et Tradition) > - Nicolas Sarkozy (UMP) > - Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs) > 2) appelle Ségolène Royal et François Bayrou à prendre l¹engagement d¹annuler le décret de création de l¹EPR :

> M. Bayrou et Mme Royal ont reconnu la nécessité d¹organiser un véritable débat démocratique sur l’EPR. Mais, ils doivent s’engager ­ dès à présent - à > abroger, s¹ils sont élus, le décret de construction du réacteur nucléaire EPR, les arrêtés d’autorisation des travaux et le permis de construire grâce auxquels EDF a commencé les travaux préparatoires sur le site de Flamanville en Basse-Normandie. C¹est une condition préalable indispensable qui permettra > un véritable moratoire sur l¹EPR avec l¹arrêt des travaux pendant plusieurs années. F. Bayrou et de S. Royal doivent prendre - sans attendre - des engagements clairs et précis à ce sujet pour que les électeurs puissent juger en connaissance de cause. Ces abrogations devront intervenir avant les législatives et dès la nomination du Premier Ministre par le nouveau Président de la République.

3) précise que trois candidats se sont clairement engagés contre la construction du réacteur nucléaire EPR :

> - Olivier Besancenot > - José Bové > - Dominique Voynet.

4) Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers ne sont pas cités dans ce communiqué du fait de leurs positions idéologiques et des valeurs qu¹ils véhiculent.

Le Réseau Sortir du nucléaire rappelle à tous les candidats que la très grande majorité des citoyens Français ne veut pas de nouveaux réacteurs nucléaires mais d¹une politique ambitieuse de maîtrise de l¹énergie et de développement des énergies renouvelables. Des centaines de milliers d¹électeurs ne manqueront pas de tenir compte des positions des candidats sur ces questions lors de leur passage dans l¹isoloir.

Contacts presse : > - Stéphane Lhomme ­ 06 64 100 333 > - Didier Anger - 02 33 52 45 59

Annexe : extraits des déclarations des candidats sur l¹EPR

Les candidats suivants se prononcent pour un nouveau débat sur l¹EPR sans se prononcer clairement contre l¹EPR :

> François Bayrou (UDF) : >> ³Nous ne pouvons nous priver du nucléaire. Nous devons poursuivre la réflexion sur l¹EPR, pour être certains que la mise en place de ce nouveau réacteur est la bonne solution technologique.² ³Les conditions du débat public sur l’EPR n’ont pas été satisfaisantes², écrit-il. > > Ségolène Royal (PS) : >> ³La décision de lancer l¹EPR a été prise par le gouvernement actuel, dans des conditions d¹analyse et de débat contestables². Elle s¹est engagée par écrit à refaire le débat sur la construction de l¹EPR². Notons que cette position est un recul par rapport à la position du Parti socialiste qui s¹est exprimé clairement à plusieurs reprises au cours des dernières années contre la construction de l¹EPR. Dans un communiqué en date du 14 avril 2006, le Parti socialiste écrivait par le biais de son porte parole Julien Dray : Le Parti Socialiste tient a réaffirmer son opposition à ce projet inutile et dangereux. Il a fait valoir cette position en 2004 lors de son passage devant le Parlement. Il la réaffirme aujourd¹hui, à l¹heure de sa mise en ¦uvre effective.²

Ils se prononcent POUR l¹EPR :

Marie-George Buffet (Parti Communiste) : >> Favorable à un nucléaire propre, sécurisé, durable et surtout 100% public². Dans ce cadre, je suis convaincue que l’EPR et les générateurs de la 4ème génération pour la fission, ITER pour la fusion, pourront y contribuer. Elle promet d¹organiser un débat citoyen sur le sujet ³tranché par un référendum².

> Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière) : >> Elle a répondu qu¹elle ne pouvait se prononcer de façon ³aussi péremptoire et limitée sur le projet² même si on peut s¹imaginer qu¹elle soit favorable à l¹EPR dans la mesure où elle est favorable au nucléaire... >> > Frédéric Nihous (Chasse Pêche Nature et Tradition) : >> Il est ³pour le maintien de cette énergie propre qui nous garantit l’indépendance énergétique². De même, il est favorable à la construction de l¹EPR.

> Nicolas Sarkozy (UMP) : >> Le parc de production nucléaire français est à mi-vie : il serait irresponsable vis-à-vis des générations futures de ne pas préparer son remplacement par des centrales plus performantes². Pour le candidat UMP, favorable à l¹EPR, le nucléaire est clairement ³l¹énergie du futur². > > Gérard Schivardi (Parti des travailleurs) : >> Restant dans le flou, ce candidat ne s’est à aucun moment prononcé contre la construction de l’EPR.

Les candidats suivants se sont clairement prononcés CONTRE l¹EPR :

> Olivier Besancenot (LCR) : >> Je souhaite engager l¹arrêt immédiat du nucléaire militaire et la reconversion programmée du nucléaire civil. >> > José Bové (Mouvement Altermondialiste) : >> Il revient aux citoyens de décider des énergies de demain, pas à l¹industrie nucléaire. Si l¹EPR est construit, il condamnera toute politique ambitieuse de maîtrise de l¹énergie et de développement des énergies renouvelables. >> Opposé à l¹EPR, il préconise un moratoire immédiat sur la construction de nouveaux réacteurs, suivi d¹un ³débat national sur la politique énergétique tranché par un référendum. > > Dominique Voynet (Les Verts) : >> Je propose une loi de sortie programmée du nucléaire et l¹abandon des projets ruineux et sans avenir (EPR et ITER)². D. Voynet fixe la fermeture de toutes les centrales nucléaires au plus tard en 2030.

Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers sont écartés d’office du fait de leurs positions idéologiques et des valeurs qu¹ils véhiculent.

Bilan: pour faire de l'environnement c'est abstention car pas de déplacement (= zéro gaz à effets de serre) et zéro papier

Voir les positions détaillées des candidats sur : http://www.stop-epr.org/spip.php?rubrique63