vendredi 9 février 2007

4 grévistes de la faim hospitalisés/canal ST Martin






Les 4 grévistes de la faim du quai de Jemmapes sont ce soir dans 2 hôpitaux : lariboisières et H.Dieu....(de l'art de "dispatcher") Pour toute réponse, le mépris du gouvernement , d'autre part trop d'isolement, très peu de soutiens sur place, beaucoup "d'appel à soutien"... le gouvernement implicitement savait qu'il pouvait continuer à imposer sa politique indigne sur cette Sous-France. 8 années de présence, que faut il de plus, que cet arbitraire intolérable : cette violence qu'ils retournent contre eux même. ils doivent être régularisés immédiatement.
Trop difficile les conditions sur le canal st. Martin . ces nuits dans le froid intense du canal, la fatigue ,bruit, l'exiguïté de cette tente : ils sont à bout. solidarité et régularisation. ci dessous copie du courrier envoyé aux EDQC, J.Batiste, à 20h leur proposait que la conférence de presse de demain se fasse à ST LOUIS, donc dans "leurs locaux"..manque pas d'air...34 jours de mise en quarantaine pour tout soutien des critiques et isolement de rigueur.
EDQC / bon info. qui dans les multitudes de petites préoccupations, numérotation des tentes, fichage, bouffe etc... 4 hommes en grève de la faim sont à l'hôpital ce soir, après 34 jours de grève de la faim, de volonté de silence et d'isolement de la part du campement ... alors si vous voulez recenser les tentes : elle est vide , et se trouve au N° 48, comme vous ne la connaissez pas , je donne le N° des grévistes de la faim. ( + de 35% de SDF sont des sans papiers, il y a un tri chez Borloo ?) par contre merci de ne pas oser proposer à nouveau l'hôpital ST Louis
pour la conférence de presse, et encore moins avec celui qui l'a proposé, J.B. car cela me met fort en colère, ET CETTE FOIS CI JE LE DIS TOUT HAUT
Les EDQC , st. tous les jours dans les bureaux du gouvernement, et ce soir J.B. propose pour la conférence de presse de les "recueillir" à l'hôpital ST Louis, alors sans jeux de mots pour cet hôpital et son roi pas si charitable que cela ...un peu d'histoire fait du bien ! MAIS là c'est l'hôpital qui se fout de la charité.

Allez les EDCQ bonne organisation ? BONNE BOUFFE. mais surtout ne dites pas "bonne solidarité" !

L'isolement , le silence, cette pseudo volonté affichée d' "apolitisme" tout cela tue... alors par respect pour les 4 copains, un peu de silence maintenant, mais surtout pas de présence des EDQC, ni de récupération. c'est affligeant , ces principes et certitudes !
Finalement, je suis partie après la déclaration d'Augustin qui critiquait sur TF1 et la 2, la loi et application de réquisition des logements, et l'action du ministère du logement dans la nuit du 31 ( maintenant sur le site demande d'adresses pour réquisition, faut m'expliquer !) puis il confirme par sa déclaration fort médiatisée .... le 8 /1/, « nous avons gagné, nous plions les tentes" : DONC vous pouvez plier la tente au N° 48 du quai de Jemmapes, la "mise en quarantaine", non pardon que " 34 jours" , de Sous France.

SKAZAT

Pétition de soutien à Roland Veuillet


Pour signer ce texte, vous pouvez le télécharger en version papier (format PDF su), ou signer sur le site du comité de soutien. Le formulaire inférieur permet d’inviter vos ami-e-s à signer. Merci !

Roland Veuillet, Conseiller Principal d’Éducation, est victime depuis 2003 d’une mutation d’office de Nîmes à Lyon, à 300 kilomètres de sa famille. Sa hiérarchie lui reproche d’avoir empêché le remplacement de surveillants grévistes par des élèves majeurs, pour assurer la sécurité de l’internat. Cet ordre de remplacement était illégal. Il n’était pas écrit. Il constitue une attaque frontale contre le droit de grève, et une mise en danger des élèves internes. Cette sanction injuste est un acte de répression contre un militant syndical jugé trop revendicatif.

Le Conseil Supérieur de la Fonction Publique (CSFP), s’est prononcé, le 25 janvier 2005, pour l’annulation de toute forme de sanction à l’encontre de Roland Veuillet. Mais le ministère refuse d’annuler cette sanction, malgré le soutien de l’intersyndicale. Roland Veuillet est en grève de la faim depuis le 23 décembre.

Pétition du comité de soutien : http://roland-veuillet.ouvaton.org/?Petition-de-soutien&aff=ok#sp94/

URGENCE DE L'ENGAGEMENT POLITIQUE

par Raoul Marc Jennar, Michel Onfray, Yannis Youlountas

Un autre monde est en marche. Nous le pressentions. Nous l'entendons désormais. Il vient. Non pas vers les femmes et les hommes qui l'attendent mais à travers eux. Et ce n'est qu'à travers eux qu'il pourra advenir. A travers leur implication politique et, nécessairement, leur engagement politique.

La grande leçon du premier février 2007, jour de la candidature collective de José Bové, se situe d'après nous dans la victoire de la rébellion citoyenne sur l'impasse provoquée par des appareils politiques peinant à s'unir. Les femmes et les hommes qui ont réussi ce formidable pari l'ont fait en s'impliquant dans le débat politique au moyen d'un regroupement puis d'une pétition.

Cependant, cette implication ne saurait, à elle seule, suffire à la réappropriation de la politique par les citoyens. Si celle-ci est confisquée, cela vient moins du fait des organisations politiques que de la démission d'une majorité de citoyens désespérés, et pour cause. Le surgissement citoyen de ce mois de janvier, qui nous rappelle celui contre le TCE, nous offre à tous l'occasion de remédier à cette démission. Mais il nous faut pour cela aller au-delà de la signature au bas d'un appel. Il nous faut tous ensemble passer à l'engagement politique. Si nous ne nous occupons pas de la politique, la politique continuera à s'occuper de nous. Pour que le monde change, il nous faut chacun incarner ce changement, tant dans nos actes de la vie quotidienne que dans notre participation aux affaires de la cité. Pour nous réapproprier la politique, nous devons être la politique. Pour ne plus la subir, nous devons la réinventer. Pour ne plus la souffrir, nous devons l'aimer.

La candidature collective de José Bové dépend doublement de l'obtention des 500 parrainages de grands électeurs (maires, conseillers généraux, conseillers régionaux...). D'une part parce que c'est une obligation institutionnelle. D'autre part parce que c'est la garantie d'obtenir le remboursement partiel des frais de campagne. Nous ne sommes pas soutenus par des lobbies financiers ni ne bénéficions des largesses d'un grand parti aux caisses pleines. Nous partons de rien avec pour seule richesse celle de la profonde nouveauté et du vrai changement. Notre défi est immense : changer la politique pour changer la vie. Mais il faut pour cela nous changer nous-mêmes, c'est-à-dire assumer ce qu'autrefois nous déléguions. Cette candidature collective, c'est la nôtre.

À tous ceux qui hésitent, parmi nous, à contacter les maires et le conseiller général de leur canton, il nous faut répondre : "osez, agissez, rayonnez. Nous sommes le changement. C'est à nous d'agir. À nous seul. À nous tous".

Plus encore que les centaines de maires des grandes communes qui reçoivent presque tous les consignes d'un parti, adressons-nous aux milliers de maires des petites communes qui font battre le coeur de la Nation et qui sont le plus souvent sans étiquette. Plus de trente mille sur quarante mille n'ont pas encore parrainé un candidat. Disons-leur qu'ils sont des nôtres, que notre candidature collective est la leur également, et que notre campagne citoyenne est une reprise en main de ce que nous avons trop longtemps abandonné : notre bien commun premier à tous les autres, la politique.

Les moments que nous vivons sont passionnants. Nous sommes tout près de réussir. Cela ne dépend que de nous. Cette responsabilité est intéressante. Car elle porte en elle non seulement l'existence future de notre campagne officielle, mais aussi l'essence profonde de notre aventure collective. Il ne s'agit pas seulement d'être efficace, mais aussi d'être, tout simplement, ce que nous aspirons à devenir : des citoyens agissants qui reprennent leurs affaires en main et qui obtiennent le respect en se respectant eux-mêmes.

Il est temps pour nous tous de nous engager. Les jours passent et l'heure tourne. Nous ne pouvons plus attendre, il nous faut choisir : soit nous entrons pleinement dans le défi politique pour choisir ensemble notre avenir, soit nous en sortons pour continuer à le subir.

L'autre monde possible, celui que nous avons autrefois appelé de nos voeux avec José Bové, est aujourd'hui en marche.

Au regard des générations passées, présentes et futures,

au regard de tous ceux qui souffrent,

au regard de tous ceux qui baissent encore les bras,

il est de notre responsabilité de refuser la fatalité, dès maintenant, pour le bien de tous.

RMJ, MO, YY.

lundi 5 février 2007

Pour l’autodÉtermination des peuples sans États sous domination française.

En parallèle du 7ème point de la candidature de José Bové



- Leurs droits à l’autodétermination

- Le droit de mettre en œuvre dans le cadre d’un statut officiel le développement de nos langues et nos cultures.

- Le droit de promouvoir et de maîtriser son développement économique et sociale.

- Le droit à la reconnaissance comme peuple et comme nation

- Le droit à mettre en œuvre un processus de décolonisation

Les organisations signataires de ce texte existent en Corse, Bretagne, Pays Basque, Alsace, Occitanie, Pays Catalans, mais aussi en Polynésie, Martinique, Guyane, et d’autres sont susceptibles de les rejoindre dans les mois qui viennent. Elles évoluent dans des contextes très différents et n’ont pas toutes le même poids, mais nous pensons que leur appel résonne de façon bien particulière alors que nous sommes dans une période qui devrait être riche en débats notamment en matière institutionnelle.

Ce texte rappelle aussi que la persistance de ces revendications partagées par des centaines de milliers de « citoyens » dit « français » démontre le caractère rétrograde de l’état français en matière démocratique et de diversité culturelle, ainsi que de son mépris souverain du droit international, puisque le non-respect de ces revendications se fait en violation de la résolution 1514 des nations unies et de la charte des droits civils et politiques des nations Unies de 1966 .

Mais au delà des « textes » quelques récents exemples d’actualité viennent donner encore plus de reliefs et de pertinence à cette déclaration.

46 % des citoyens de l’Union Européenne vivent dans des espaces locaux disposant de fort pouvoirs législatifs...Ce n’est bien sur le cas d’aucun des peuples sous domination française. Ajoutons à cela que le Danemark, L’Irlande, les trois pays Baltes, la Slovénie (et ce ne sont que quelques exemples) eux sont des états indépendants (par ailleurs membres de l’UE et donc susceptibles de la présider) ayant une population et des territoires souvent comparables (ou inférieur en nombre ou en surface) à celle de ...la Bretagne par exemple, ou encore à la Corse si l’on fait la comparaison avec Malte ou Chypre.... Le débat qui risque fort de traverser de façon centrale les élections de mai en Ecosse sur l’accession à l’indépendance, le récent accès du Monténégro à cette forme de souveraineté renforcent notre volonté de débattre et affirmer notre droit à décider chez nous de ce qui nous semble bon. Ces quelques faits incontestables viennent éclairer le formidable et sidérant déficit démocratique que nous dénonçons.

L’article deux de la constitution française stipule que la langue de la république est le français. A l’exclusion de toutes les autres langues bien sûr. Nos langues, celles de millions de prétendus « citoyens français » sont exclues de la vie publique, des médias, des institutions... Ce n’est pas la vague promesse de la candidate socialiste de ratifier (enfin !) la charte européenne de langues minoritaires si elle était élue et la tentative malheureuse du député UMP Marc Le Fur d’engager un débat sur ce point lors du débat sur la question du corps électoral en Kanaky qui assouvissent la soif de débat et d’actes concrets des centaines de milliers de ceux qui militent pour l’épanouissement et la promotion de nos langues.Personne d’autre n’a rien à dire ? Outre la revendication strictement culturelle notre appel posait clairement la question du droit de promouvoir et de maîtriser son développement économique et sociale pour nos peuples. Si plus de 4500 élus de Bretagne se sont positionnés (tout comme le conseil régional de Bretagne administrative et le conseil général de Loire-Atlantique) suite à de longues années de mobilisations populaires, en faveur de l’unité territoriale de la Bretagne c’est bien que le cadre de référence socio-historique local commun à tous les Bretons apparaît comme un espace possible pour construire de nouvelles solidarités, mais aussi un cadre cohérent pour un nouveau développement socio-économique. Personne ne les a entendu ?

Depuis l’échec du référendum suite au processus dit de Matignon, la Corse n’a pas trouvé la sérénité et le peuple Corse n’a toujours pas les moyens de prendre ses affaires en main. La seule réponse a de graves questions de fond comme l’évolution institutionnelle, la dépossession de la terre au profit d’étrangers fortunés a été et reste la répression. Alors qu’arrestations et incarcérations se multiplient, que des Corses perdent leurs vies dans des actions clandestines, y a t il dans ceux et celles qui prétendent à la présidence de l’état français des hommes et des femmes de dialogue ?

Les récents développements dramatiques du conflit politique en Pays Basque confirment l’implication de l’état français aux côtés de l’état espagnol (comme le rappelle notamment la présence de plus de 130 prisonniers politiques Basques dans les prisons de la république). La France doit s’inscrire dans un processus de paix basé sur la reconnaissance du droit à l’autodétermination, processus qui doit pour nous continuer. Dans la partie du pays basque située dans l’état français la volonté de changement et de reconnaissance politique et institutionnelle est également très forte, mais là encore y a t il quelqu’un pour en débattre ?

On se souvient de l’émoi légitime suscité il y a quelques mois par le vote de la loi relative aux « aspects positifs » de la colonisation française de part le monde. Nous avons joint nos voix à celles de nos camarades d’ « Outre-Mer » à travers cet appel pour qu’enfin la France se mette en conformité avec le droit international dont elle se revendique en matière de décolonisation, afin que Martiniquais, Guyanais, Guadeloupéens, Kanaks, Polynésiens et d’autres décident en toute souveraineté de leurs choix économiques, culturels, environnementaux. Que l’on cesse de réécrire l’histoire pour leur permettre de dessiner leur futur ! Ca non plus ça ne mérite pas un débat ?

La destitution récente de l’indépendantiste Polynésien Oscar Temaru suite aux basses-manœuvres de l’UMP et la complicité de l’UDF, qui présidait la collectivité de Polynésie souligne douloureusement la pertinence d’une des revendications de son parti (le Tavini Huiratiraa) précisé lors de la rédaction de notre appel qui stipulait « Tahiti Nui étant un Pays d’Outre Mer, le Tavini Huiraatiraa réclame le droit d’élire par la voie du suffrage universel son président. » Là encore si cette revendication démocratique avait été mieux entendue nul doute que le destin actuel de la Polynésie serait tout autre.

La reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples sans état sous domination française est une revendication démocratique, elle sous entend le règlement global et juste de situations plus ou moins conflictuelles . Certains sans doute, nous rétorquerons que le seul sujet historique collectif est le peuple français et que le reste n’est que du vent...A ceux là nous souhaitons rappeler que hormis la France, seule la Turquie parmi les membres du conseil de l’Europe refuse de reconnaître l’existence de plusieurs peuples sur son territoire. Aux autres nous réaffirmons notre souhait de débattre...Chiche ? Il paraît qu’il y a bientôt des élections ... En ce début d’année c’est le principal vœux que nous formulons.

Gael Roblin (Porte-parole du mouvement de la gauche indépendantiste de Bretagne-Emgann)

Xabi Larralde (Porte-Parole de Batasuna, Gauche Indépendantiste Basque)

Appel signé par : Batasuna (Euskal Herria, Pays Basque), Abertzaleen batasuna (Pays Basque) Corsica Nazione independente (Corsica), Emgann-Mouvement de la Gauche Indépendantiste (Breizh), Tavini Huiratira (Polynésie), Parti Komunis Pou Lendependans ek Sosyalism et Consel National des Conseils Populaires (Martinique), Anaram Au Patac (Mouvement de la Gauche Revolutionaire Occitanne), Mouvement d’Emancipation Démocratique et Sociale (Guyane), ERC Gauche Republicaine Catalane.. UPA (Union du Peuple Alsacien)




dimanche 4 février 2007

Virage à gauche ou revendication d’une seconde indépendance en Amérique Latine ?

Par Neal Santamaria

Acteur militant sur le support Skazat

La presse européenne de droite comme de gauche a unanimement relevé un changement politique dans de nombreux pays d’Amérique latine. Qu’il s’agisse de l’élection de Chávez au Venezuela, de Morales en Bolivie, de Luís Ignacio « Lula » Da Silva au Brésil d’un côté ou de Kirchner en Argentine, Ortega au Nicaragua et de Bachelet au Chili de l’autre, les médias commencent à parler de « virage à gauche de l’Amérique Latine ». Or ce terme appliqué à ce continent à l’histoire si singulière trouve bien vite ses limites. Alors que le clivage gauche/droite est né suite à la Révolution française et s’est consolidé, au milieu du XIXè siècle, après la révolution industrielle, la gauche latino-américaine recouvre quant à elle une toute autre réalité. Les idéaux d’égalité sociale et de défense des travailleurs y sont certes présents, mais elle intègre en premier lieu une émancipation indépendantiste et le droit de ses nations à la totale souveraineté. Cette gauche, inspirée des penseurs européens que sont Marx, Trotsky ou même Saint Simon, se nourrit également de son histoire.

Des acteurs comme José de San Martín ou José Martí, tous « héros » des Indépendances, donnent à cette couleur politique une saveur tout à fait singulière qu’on ne peut appréhender sans se référer aux luttes que dut mener le continent pour son indépendance. Or, la plupart de ces dirigeants, de gauche selon les médias, ont aujourd’hui une approche assez différente que ce soit au niveau politique, économique ou idéologique : alors que Chávez a reformé la constitution de son pays, fait appel à la figure presque mythique de Simón Bolívar et affiche sans ambages (et même avec une certaine agressivité parfois) son opposition aux États-Unis, Bachelet quant à elle, prône davantage une politique de la stabilité, sans changement radicaux. Pour cerner les contours de cette gauche latino-américaine, nous exposerons donc très succinctement l’histoire du continent pour donner un nouvel éclairage à ce concept et mieux comprendre la nature de ce « virage » politique.

C’est le 14 octobre 1492 qu’a lieu, dans l’île caraïbe de Guanahani, la première rencontre des Européens et des « Indiens ». En 1496, il fonde Saint-Domingue, la première ville des Amériques en décimant les Indiens taïnos qui disparaissent jusqu’au dernier cinquante ans plus tard. Un peu plus tard, en 1519, Hernán Cortés s’enfonce dans la jungle mexicaine à la tête de quelques centaines d’aventuriers. Trois ans plus tard, l’Empire aztèque est à genoux. En 1532, Francisco Pizarro débarque sur la côte péruvienne et entraîne quelques dizaines de compagnons à l’assaut de la cordillère des Andes, au coeur de laquelle se retranche, puis s’effondre, l’armée inca...

Jusqu’en 1810, à l’exception d’Haïti, tout le continent était dirigé par les Européens. Ces derniers, frappés de la fièvre de l’or, ouvrirent littéralement les veines de leurs colonies pour s’abreuver de leurs ressources naturelles. Ainsi que le montra Eduardo Galeano dans les veines ouvertes de l’Amérique Latine, l’exploitation du continent par la péninsule ibérique fut accompagnée d’un véritable génocide qui s’étendit jusqu’en Afrique où plus de quarante millions de personnes furent déportées ; un tiers ne survivait pas à la traversée et leur espérance de vie, une fois arrivés, atteignait difficilement une dizaine d’années. C’est en 1822 que Simón Bolívar parvint à unir la Grande Colombie, composée de la Colombie, du Venezuela, du Panama et de l’Équateur et à la débarrasser de l’occupation espagnole. Quelques années plus tard, il parvint à libérer le Pérou et la Bolivie, qui porte aujourd’hui son nom. Tous ces pays parvinrent alors à s’unir pour la recherche d’un but commun, le droit à l’autodétermination. Cependant, ces indépendances laissèrent vite place à une domination de type féodale exercée par les grands propriétaires terriens, souvent d’ascendance espagnole, appuyée par l’Église catholique et le pouvoir militaire.

Parallèlement, les États-Unis, indépendants depuis 1776, prônent la doctrine Monroe ; derrière le leitmotiv « l’Amérique aux Américains », le but affiché était de protéger les États du Continent des velléités colonialistes européennes. Concrètement, cette nouvelle orientation politique se traduit par un interventionnisme militaire et l’occupation de Cuba, du Nicaragua, de Porto Rico, d’Haïti, du Panama, du Mexique entre 1903 et 1933. L’idéal Bolivarien tombe alors en désuétude ; les Indiens (Quechua, Aymara, Tupi parmi tant d’autres) et les Noirs descendants d’esclaves sont mis au ban de la société, leurs droits sont généralement ceux de citoyens de seconde zone.

À partir des années 60-70, de nombreuses dictatures se mettent en place dans tout le continent. La presse est muselée, les assassinats politiques deviennent monnaie courante et l’exil d’artistes et d’universitaires contestataires tuent dans l’œuf toute possibilité de contre-culture. Au Brésil, le régime autoritaire a été appuyé par les États-Unis, par le biais des agissements de la CIA, afin d'empêcher la diffusion d'idées communistes en Amérique latine, perspective qui effrayait le bloc occidental depuis la révolution cubaine et la prise de pouvoir de Fidel Castro. En République Dominicaine Juan Bosch, élu démocratiquement après les trente années de règne sans partage du dictateur Trujillo fut chassé du pouvoir par les États-Unis. Juan Bosch, candidat de gauche très modérée, constituait pourtant à leurs yeux une menace de voir s’étendre le « péril rouge ». ils le remplacèrent alors par Joaquín Balaguer, le bras droit de l’ancien dictateur ; ce dernier ne devait quitter définitivement le pouvoir qu’en 1996. Un dictateur luttant contre le communisme valait toujours mieux qu’une démocratie commerçant avec l’URSS. Le coup d’État et l’assassinat de Salvador Allende (pourtant élu démocratiquement) le 11 septembre 1973 au Chili, suivi de la mise au pouvoir du général Pinochet constituent une fois encore un exemple patent de cette interprétation pour le moins particulière de la doctrine Monroe.

Les années 80 annoncent le dégel des relations est-ouest ; beaucoup de dictatures d’Amérique Latine desserrent (un peu) leur poigne de fer sur la société civile. Des guerres civiles persistent cependant au Nicaragua ; suite à la chute du dictateur Somoza, les Contras, des groupes terroristes appuyés par la CIA de Ronald Reagan, se livrèrent à des raids, dans le but de faire tomber le gouvernement sandiniste alors en place. Cependant, de manière plus globale, la démocratie semble enfin s’installer pour de bon dans le reste du continent. En 1992, l’OEA (Organisation des États Américains) décide même d’exclure tous pays qui abandonneraient le modèle démocratique. Cette généralisation des démocraties de marché est souvent synonyme d’un changement drastique dans l’économie : d’un modèle fortement autocentré avec une forte présence de l’État, on passe à un modèle tourné vers l’extérieur avec un État qui a perdu ses moyens d’intervention directe. À un niveau international, le FMI encourageait le processus de démocratisation, à la condition cependant qu’il s’accompagne d’une économie de marché de type néo-libérale. On assista donc pendant cette période à une croissance presque exponentielle dans l’implantation de grandes entreprises européennes et nord-américaines. Ces dernières pouvaient en effet s’appuyer sur une main d’œuvre bien moins onéreuse que dans leur pays d’origine et des protections sociales souvent quasi inexistantes. Le secteur tertiaire et l’urbanisation explosèrent brutalement alors que les campagnes se vidaient à une vitesse sans précédent. Certaines grandes villes se transformèrent en mégalopoles et les bidonvilles, toujours plus nombreux, se développèrent tel un cancer dans certains quartiers. Aucune politique sérieuse d’urbanisme ne vint assurer le confort minimum à ses habitants, constitués pour la plupart par d’anciens paysans. Les différents États latino-américains investirent eux aussi des sommes considérables pour suivre ce nouveau « virage économique » appuyé par les élites sociales et politiques du pays qui en étaient les premiers bénéficiaires. L’endettement, déjà bien réel, devint tout simplement vertigineux. Les différentes monnaies connurent plusieurs dévaluations successives et la corruption qui avait atteint des niveaux endémiques rendait la situation catastrophique. D'un côté, les élites sociales et politiques affichaient un train de vie indécent fait d’opulence et de frivolité (dont l’écho à la télévision se manifestait par la multiplication d’émission de jeux et de divertissements) et d’un autre, les habitants des bidonvilles, sans cesse plus nombreux étaient littéralement abandonnés à leur sort. Les classes populaires des pays latino-américains commencèrent à faire montre d’une certaine défiance dans ces démocraties au néo-libéralisme sauvage et envers ses dirigeants, dont la plupart étaient formés dans des écoles prestigieuses aux États-Unis ou en Europe. La bonne volonté ou l’efficacité des conseils du FMI fut mise en doute, puis rapidement considérée comme une ingérence pure et simple ; de la même manière, l’exploitation des principales richesses du continent par des entreprises « gringas »[1] ne tarda pas à être considérée comme une seconde colonisation. En Argentine[2], ces entreprises utilisaient les dépréciations monétaires à leur avantage, profitant d’une part de leur siège situé aux États-Unis et en Europe et d’autre part d’un taux de change qui ne cessait de chuter. Un grand nombre de transactions illégales eut lieu à cette époque entre le siège et les filiales de ces différentes entreprises de telles sortes que celles-ci parvenaient à s’enrichir, malgré un chiffre d’affaires déficitaire. Cette pratique eut pour conséquences de creuser davantage encore les déséquilibres économiques et les inégalités sociales. Par ailleurs, les sacrifices demandés par les dirigeants leur semblaient en totale contradiction avec le rythme de vie presqu’insolent de ces derniers qui ne semblaient pas avoir pâti de la crise. On arriva ainsi à des crises financières sans précédent au Mexique en 1994, au Brésil en 1999 et en Argentine en 2001.

En réaction, certaines identités indiennes furent réactivées (et parfois même réinventées) en tant que contre-culture à cette ingérence étrangère dont les hommes politiques étaient généralement les relais. Certains Indiens revendiquaient un territoire et une certaine autonomie politique afin de pouvoir vivre selon leurs lois coutumières ; d’autres voulaient détruire les stigmates dont ils étaient toujours victimes, près de cinq siècles après l’arrivée des Européens. Au Pérou, lors de l’élection présidentielle de 2001, Alejandro Toledo s’appuya sur cette tendance de fond pour établir un parallèle avec le roi inca Pachacútec ; il mit en avant son enfance de vendeur des rues et se revendiqua « cholo » qui, jusqu’alors était un terme des plus péjoratif pour désigner les Indiens Quetchua et Aymara. Cette course à l’image ne doit pas faire oublier cependant que ce même « cholo », au passé de gamin des rues, fut formé à Harvard puis à Stanford avant d’être consultant à la Banque Mondiale. Au Venezuela, Chávez puisa dans un autre référent fort de l’identité latino-américaine : Simón Bolívar. Le choix de cette figure était d’ailleurs particulièrement habile. En promettant lors de sa campagne une réappropriation des ressources nationales, qui étaient jusqu’alors aux mains d’entreprises « gringas », ce dernier construisit un jeu de miroirs dans lequel sa politique de nationalisation des ressources naturelles du pays renvoyait à l’indépendance conquise par Bolívar contre les Espagnols. Son opposition très théâtralisée à George W. Bush peut également s’appréhender à travers ce prisme. Son amitié très médiatisée pour Fidel Castro peut elle aussi se comprendre à partir du moment où l’on sait qu’il le présente comme un héros de ces « nouvelles indépendances » ; quelle que soit l’opinion que l’on porte sur le caudillo cubain, force est de constater que celui-ci a su résister à toute ingérence des Etats-Unis malgré un embargo drastique de plus de quarante ans. Ce dernier puise d’ailleurs lui aussi dans les figures des premières indépendances en se réclamant de l’héritage de Martí. Enfin, le dynamisme dont fait preuve le président venezuelien pour contrer ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques) avec la création de l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques) traduit sans doute le mieux ce « virage à gauche » dont parle la presse européenne. En créant une zone d’échanges privilégiés en Amérique Latine, Chávez fait renaître la Grande Colombie de Bolívar. Le cas de la Bolivie relève un peu de la même logique. Evo Morales est arrivé au pouvoir en mettant l’accent sur son « indianité » aymara et du combat des Indiens ; plus globalement il était le candidat des classes populaires et sa volonté de se réapproprier leurs ressources naturelles fut ressentie chez beaucoup comme une seconde indépendance. Il y eut donc à son arrivée au pouvoir des nationalisations massives des entreprises de gaz naturel. Il prôna par ailleurs une diminution significative des destructions des champs de coca au nom de la lutte contre la drogue. Cette plante est en effet utilisée depuis plusieurs centaines d’années par les Indiens des montagnes qui la mâchent pour lutter contre le « mal des hauteurs ». Au nom d’une culture autochtone nationale, Morales s’oppose à une volonté qui s’impose de l’extérieur. Cette revendication d’un droit à l’autodétermination (concept qui fut paradoxalement formulé initialement par le président des États-Unis d'Amérique Woodrow Wilson) tant économique que culturelle.

En revanche, les cas de Lula, Kirschner, Bachelet et Ortega, respectivement présidents du Brésil, de l’Argentine, du Chili et du Nicaragua, sont quelque peu différents. Si tous sont étiquetés « à gauche » par la presse européenne, leur politique s’appuie davantage sur une évolution des rapports de force à l’intérieur du pays que sur une rupture. Lula, pourtant icône de la résistance à la dictature brésilienne, suscita de nombreux espoirs parmi les classes populaires et particulièrement chez les « Sans Terre ». Pourtant, sa politique bien que de gauche selon les critères européens s’appliqua à rassurer les investisseurs étrangers qu’il considérait comme essentiels à la stabilité économique du pays. Il en fut globalement de même pour Kirschner, Bachelet et Ortega. Notons cependant que Lula, peut-être davantage que ses trois homologues, fait preuve d’un dynamisme bien réel pour multiplier les partenariats « sud-sud ». Par ailleurs, Kirschner et Ortega, à l’instar de Morales, semblent soutenir l’initiative de Chávez en ce qui concerne l’ALBA. Une chaîne de télé viendrait même concurrencer l’hégémonie de la chaine CNN pour l’Amérique Latine. Cet élan s’affirmera ou s’effondrera à terme, cependant, on assiste bien depuis quelques années à une réelle rupture sur le continent. Le fait qu’Obredor manque de peu de mettre fin au règne du sempiternel président du Mexique, Vicente Fox (ancien président de Coca Cola), semble assez révélateur de cette « rupture par les urnes » qui semble toucher tout le continent. Ce « virage à gauche » aura à cœur de régler nombre de questions sociales : Chávez a lancé des campagnes d’alphabétisation sans précédent, Lula promettait à chaque Brésilien de pouvoir faire trois repas par jour etc. Au-delà de l’importance accordée à l’éducation et à une information plurielle, ce qui caractérise la gauche latino-américaine d’hier comme d’aujourd’hui reste le souci pour chaque nation de pouvoir se détacher de toute forme d’asservissement politique et/ou économique ; le fait de multiplier les échanges privilégiés entre les différents pays d’Amérique Latine doit d’ailleurs s’interpréter sous cet angle. Ces échanges concernent bien évidemment les pays du continent, aujourd’hui cependant, ils s’étendent également aux anciens pays colonisés cherchant, eux aussi, une nouvelle indépendance, ou du moins à s’affirmer sur la scène internationale. En ce sens, l’utopie de la Grande Colombie de Bolívar pourrait dépasser les frontières du continent dans les années à venir.



[1] Le terme « gringo » signifie généralement « étranger », notons cependant qu’il désigne implicitement en premier lieu les Etasuniens et les Européens

[2] Voire le film Mémoires d’un saccage qui expose la situation économique en Argentine pendant les « années Carlos Menem » de manière tout à fait remarquable.

samedi 3 février 2007

UNE RÉVOLUTION ÉCOLOGIQUE IMMÉDIATE






Face à l'urgence, le temps n’est plus aux demi-mesures: le temps est à la révolution", a déclaré vendredi Jacques Chirac devant quelque 200 participants de la conférence sur l’environnement réunis à l’Elysée.La France plaide pour la création dune Organisation des Nations unies pour l’environnement.
Celle-ci se donne pour objectif la confrontation entre des mouvements orientés vers la réduction des inégalités sociales, des inégalités Nord-Sud, des inégalités entre hommes et femmes d’une part et la crise écologique d’autre part. En quoi cette crise modifie-t-elle les stratégies, les priorités, les alliances ?
La crise écologique représente une menace pour l’ensemble du genre humain.
L’existence même des sociétés est aujourd’hui menacée du fait de l’activité humaine, de plus en plus enchaînée à des systèmes de production et de consommation sacrifiant la nature et le travail à la « marchandisation » généralisée et à la toute- puissance de la technique. Il ne s’agit plus seulement d’une crise se manifestant par des conflits internes aux sociétés (sociaux, militaires, politiques), mais d’une crise globale. Si dans ses effets, elle ne fait pas a priori le tri entre les classes sociales et les pays, elle les affecte de façon très différenciée, ajoutant aux inégalités sociales les inégalités environnementales. Et si les dégradations écologiques appellent à une conscience et une responsabilité individuelle, ce sont bien des choix globaux de production et d’organisation sociale qui sont au cœur de cette crise. Le capitalisme à dominante financière, en semant l’illusion d’une création possible de richesses par la magie des marchés financiers, pousse à son paroxysme le mépris du travail et de la nature.

Les mouvements sociaux, dans leur diversité, sont pris au dépourvu face à ces enjeux et aux changements de représentations qu’ils impliquent. Pour plusieurs raisons. D’abord, « la question sociale » n’a traditionnellement pas inclus la dimension écologique : les revendications sociales se sont surtout construites autour du travail, de la propriété, du paupérisme, des inégalités et de la redistribution. Les limites physiques à la croissance et souvent même la finalité sociale de la production sont passées au second plan. Ensuite, le caractère global de la crise écologique, joint à la démission des États face aux intérêts à court terme des firmes transnationales, exigent à présent des mouvements sociaux un élargissement de leurs projets et de leurs luttes. Car ce mode de développement productiviste, étendu à l’ensemble du monde, loin de réaliser la promesse d’un progrès pour l’ensemble de l’Humanité, menace l’équilibre écologique de la planète et ruine les valeurs d’égalité, de justice et de solidarité. Les mouvements écologistes s’interrogent eux-mêmes sur la question sociale, et notamment dans sa dimension Nord-Sud.
Les limites à la croissance infinie des richesses supposent des choix démocratiques, seuls remparts contre des formes autoritaires et inégalitaires de gestion des raretés. Voilà pourquoi nous devons ensemble pouvoir répondre à la question suivante : comment « croiser » et faire converger les campagnes contre le développement prédateur et polluant, les mouvements à finalité sociale, les mouvements paysans pour une autre agriculture et les mouvements à finalité directement environnementale ? Il est de notre responsabilité collective d’y parvenir.

SKAZAT

Déclaration de candidature de José Bové

La France n'a jamais été aussi inégalitaire.

Un grand patron gagne 300 fois ou plus qu'un smicard. Les plus riches désertent leur devoir fiscal quand 100.000 personnes dorment dans la rue. Les stocks-options récompensent les licenciements boursiers.

Il est temps de mettre fin à un système qui entraîne la grande majorité des salariés vers la précarité et l'insécurité sociale. Il est temps de décréter l'insurrection électorale contre le libéralisme économique .

Plusieurs dizaines de milliers de personnes m'ont proposé d'être candidat à l'élection présidentielle. J'ai décidé d'accepter que mon nom incarne, sur le bulletin de vote, la volonté commune de battre la droite et l'extrême droite et de redonner l'espoir d'une alternative à gauche. J'ai décidé d'accepter pour que continue le combat pour le rassemblement de toutes les forces de la gauche de la transformation sociale, solidaire, écologiste, antiraciste et féministe. Nous ne nous résignons pas à la division actuelle de ces forces. Nous voulons être le trait d'union entre toutes celles et tous ceux qui veulent que la vie change vraiment.

Je ne suis pas le candidat d'un parti. Je ne suis pas un professionnel de la politique. Ma candidature est celle d'un rassemblement de forces et de citoyens issus du mouvement social, du monde syndical, de courants politiques et des associations de l'immigration qui aspirent à l'unité de cette gauche-là. Cette candidature est une candidature collective portée par de nombreuses voix.

J'appelle aujourd'hui les élus communistes, écologistes, alternatifs, socialistes anti-libéraux à nous permettre, grâce à leurs parrainages, de participer à la campagne officielle.

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Nous voulons être les porte-voix des sans-voix, de ces millions de citoyennes et de citoyens qui souffrent de la précarisation sociale et des discriminations. Nous voulons leur dire que l'abstention ou le vote Le Pen conduisent tout droit à l'élection de Nicolas Sarkozy.

Monsieur Sarkozy est un homme dangereux pour notre pays. Sous couvert de promesses multiples, son projet est d'aller encore plus loin dans la voie d'une logique économique qui favorise les plus forts et pénalise les plus faibles. Il est le candidat du MEDEF, du contrat précaire généralisé, du démantèlement progressif du code du travail et des services public, de la suppression de fait de l'impôt sur les fortunes, de l'insulte contre les jeunes des quartiers, du mépris contre les agents des services publics. C'est l'homme de la dissolution de l'Etat social et de sa transformation en Etat policier et carcéral. Cet ami de Blair et de Bush nous prépare une République communautariste et atlantiste.

Nous voulons aussi défendre un projet et des solutions pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent que la vie change vraiment. Nous voulons dire qu'une alternative est possible à celles et ceux qui ne croient plus à la gauche traditionnelle, qui se sont insurgés en votant massivement « non » au projet de traité constitutionnel européen, en se révoltant dans les quartiers populaires, en rejetant le CPE.

Madame Royal incarne une gauche qui a renoncé. Face au social-libéralisme qui a conduit toute la gauche au désastre électoral en 2002, face au projet d'un parti socialiste autiste, qui manifeste un refus de rompre avec la logique économique libérale, nous voulons opposer une gauche de transformation sociale et, démocratique, une gauche antiraciste, féministe et écologique. Une vraie gauche.

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Notre projet est le fruit d'une expérience et d'une réflexion menées par les militants et les acteurs du changement social. Il résulte d'un travail collectif sans équivalent qui a rassemblé toutes les composantes de la gauche antilibérale et qui a fait l'objet de textes adoptés les 10 septembre et 15 octobre de l'an passé. Il n'est pas le résultat d'une approche technocratique qui vise à concilier les dures lois du profit avec un peu d'ordre juste. Nous voulons que les citoyennes et les citoyens soient démocratiquement appelés à conduire et à contrôler la transformation sociale. Notre programme est un outil à la disposition des électeurs et des électrices pour qu'ils se réapproprient l'exercice du pouvoir.

  • Premièrement, nous voulons l'élaboration d'un plan d'urgence sociale. La réduction massive du chômage et de la précarité est une priorité, ce qui suppose de développer des activités utiles, créatrices d'emplois, d'imposer une stricte réglementation des licenciements et d'instaurer un système de sécurisation professionnelle tout au long de la vie. La revalorisation des minima sociaux et des bas salaires doit être accompagnée d'une fiscalité fortement progressive pour les hauts revenus afin de limiter les inégalités indécentes de revenus. C'est l'exigence de nouvelles relations dans le travail et de nouveaux droits sociaux que nous voulons porter. C'est la nécessité de lutter contre la spéculation financière et de contrer la puissance de l'actionnariat.
  • Deuxièmement, nous voulons instaurer un nouveau modèle de développement. C'est à la redéfinition du type de croissance, de production, d'échange et de consommation qu'il faut s'atteler. Il faut s'attaquer à la toute puissance des firmes transnationales et des marchés financiers, car leur soif de profit et leur mépris de l'humanité mettent la planète en péril. La question du nucléaire comme celle des OGM doivent être soumises à un débat citoyen qu'il faut conduire et trancher démocratiquement, en toute transparence.
  • Troisièmement, nous voulons que les millions de personnes qui vivent dans les cités de banlieues, dans les quartiers populaires - quelles que soient leurs origines et leurs croyances - ne soient plus considérés comme des sous-citoyens dans ce pays qui est le leur. Ils ont droit à la justice, à l'égalité et à la dignité. Il n'est pas acceptable que l'accès aux droits fondamentaux, à la santé, à l'éducation, à l'emploi, au logement leur soit restreint, et que la seule réponse aux problèmes qu'ils rencontrent soit celle de la répression policière et sécuritaire qui aboutit souvent, en toute impunité, à des violences, voire des morts.
  • Quatrièmement, nous réaffirmons que tout être humain, parce que c'est un être humain, doit être reconnu dans son humanité. Nous refusons qu'on continue de priver un être humain de sa dignité en le privant de papiers.
  • Cinquièmement, la transformation démocratique et sociale exige d'en finir avec le régime de la Ve République. C'est la démocratie toute entière qui doit être vivifiée. Nous voulons une nouvelle République laïque, ouverte sur la société telle qu'elle est, ouverte sur le monde, une démocratie politique, sociale et citoyenne qui élargisse le socle des droits fondamentaux, à commencer par les droits sociaux.
  • Sixièmement, dès 2007, dans la cohérence avec le « non » du 29 mai 2005, nous entendons que la France propose la refondation de la construction européenne sur des bases démocratiques et sociales. Nous demandons la fin des traités existants et nous proposerons un nouveau texte fondateur. Nous n'accepterons pas que la nouvelle politique qui aurait été choisie par notre peuple soit interdite par les décisions européennes. La présidence française de l'Union, au second semestre 2008, est l'occasion de porter plus largement l'exigence d'un tel changement.
  • Septièmement, nous nous engageons à pratiquer l'équité pour les départements et territoires d'outre-mer et leur laisser le choix de l'autodétermination,
  • Huitièmement, nous voulons, avec tous les peuples qui souffrent, combattre et faire reculer les politiques de libéralisation qui favorisent la guerre économique, l'exacerbation des concurrences, les privatisations et les déréglementations. Nous contribuerons avec les pays du Sud à mettre fin à la capacité de nuisance des institutions (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce) qui renforcent les inégalités et provoquent des souffrances à l'origine de guerres. Nous défendrons le droit à la souveraineté alimentaire et le libre accès pour tous aux biens communs de l'humanité dont l'eau.

Enfin, parce que les femmes assument de multiples responsabilités, au travail, à la maison, vis-à-vis des enfants et des proches dépendants, parce qu'elles sont majoritaires parmi les chômeurs, les précaires et les bas salaires, nous voulons qu'elles soient les premières bénéficiaires de l'amélioration de nombreux services publics, de la priorité accordée à un service public de la petite enfance et des mesures contre le chômage et la précarité. L'objectif de l'égalité entre les femmes et les hommes doit être poursuivi dans toutes nos décisions, Il est grand temps d'en faire une réalité.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition de mettre fin au dogme économique libéral.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition d'assumer une véritable transformation sociale.

Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition que nous nous rassemblions, dans l'unité, pour faire avancer la gauche alternative, écologiste, antiraciste, féministe et solidair